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La Canine de Genève · Chapitre 1

La place vide

Le mur céda sous le godet, et David leva la main alors qu’il était seul dans la cabine.

Il posa le godet au sol et coupa le moteur. Quatre pierres tenaient encore les unes sur les autres. À côté, la terre arrachée laissait voir une ouverture et, tout au fond, un bord rectiligne que la lumière accrochait.

Il avait déjà rencontré des drains, des fondations, des choses oubliées sous des terrains dont on lui avait pourtant remis les plans. Il regarda de nouveau. Ce bord-là semblait appartenir à un objet.

Le camion qui attendait en contrebas donna un coup de klaxon.

David prit une photographie et appela Laurent Favre.

— J’ai accroché un mur.

— Où ?

— Au nord. Là où on dégage.

— Tu as une conduite derrière ?

Il agrandit l’image avec deux doigts. Le bord se brouilla.

— Viens voir.

Favre lui demanda de ne plus toucher à rien. David posa le téléphone près des commandes et resta assis, la portière ouverte. L’air froid entrait par-dessus ses genoux. Un message de sa femme attendait sur l’écran : le petit toussait toujours ; elle essayait de joindre quelqu’un.

Il écrivit qu’il rentrerait directement. Effaça directement. Il ne savait pas encore à quelle heure il pourrait partir.

Le chauffeur du camion descendit et se mit à gravir la pente.

— Attends en bas ! cria David.

L’homme s’arrêta, écarta les bras. David lui désigna son téléphone.

— Laurent arrive.

Un peu de terre glissa devant l’ouverture. David reprit une photo. Sur la première, il avait coupé le haut du mur.


Sylvaine avait ouvert la troisième chemise vide à neuf heures vingt.

Elle nota le titre et le nombre de pièces annoncé, puis tira un trait dans la colonne de ses observations. Elle avait écrit manquant pour la première, non trouvé pour la deuxième. À la troisième, elle hésitait encore sur le mot. Le téléphone vibra contre sa règle.

— Vous avez un plan du terrain ? demanda Favre.

— Vous aussi.

— Un vieux.

Elle regarda les rayonnages.

— C’est la partie que vous vouliez garder pour la fin.

— J’ai peut-être changé d’avis.

Elle posa son crayon.

Depuis trois semaines, elle inventoriait les papiers de la société dans une pièce voisine des bureaux de la carrière. Les archives avaient suivi les achats de parcelles, les héritages et les déménagements. Sur certains cartons, trois adresses étaient barrées l’une après l’autre. Le dernier transporteur avait écrit divers sur presque tout.

Favre lui avait trouvé une vraie table à la place du bureau où elle ne pouvait pas déplier une feuille. Il passait parfois lui demander si elle avançait. Lorsqu’elle lui montrait ce qu’elle faisait, il regardait avec application, puis repartait sans poser d’autre question.

Ce matin, il voulait une cave. Ou une dépendance. Quelque chose qui aurait pu exister avant l’exploitation actuelle, vers la limite nord.

— David a dégagé une maçonnerie. Je vous envoie la position.

— Vous avez arrêté ?

— À cet endroit, oui. L’archéologie va recevoir les photos. J’aimerais pouvoir leur dire ce qu’ils regardent.

Deux images arrivèrent. Sur la seconde, Sylvaine distingua dans l’ouverture une forme sombre et quelques plages claires. Elle tourna le téléphone.

— C’est quoi, derrière ?

— Justement.

Elle rapprocha l’écran de ses yeux, puis le repoussa.

— Je vais chercher.

— Venez d’abord. Je vous attends au bureau de chantier.

Elle enfila sa veste. Dans le couloir, la comptable arrivait avec un récipient de soupe. Toutes deux s’écartèrent du même côté, puis de l’autre. Elles finirent par rire sous leurs masques.

— Il paraît qu’on a un trésor, dit la comptable.

— Déjà ?

— Pour le moment, c’est Laurent qui s’en occupe. Ça devrait redevenir un problème assez vite.

Sylvaine lui tint la porte. Elle réalisa qu’elle ne connaissait toujours pas son prénom.

Dehors, ses lunettes se couvrirent de buée. Elle les retira, coincée entre le téléphone qui vibrait de nouveau et la porte qu’elle essayait de refermer. Son père lui avait envoyé son déjeuner : une omelette pliée de travers, deux morceaux de pain.

Comme ça tu ne demanderas pas.

Elle répondit qu’il manquait les légumes. Il répliqua aussitôt avec la photographie d’une boîte de petits pois fermée.

Le dimanche précédent, elle avait refusé son café. Elle lui avait expliqué pourquoi depuis le seuil, les sacs de courses entre eux, pendant qu’il tenait les deux tasses. Il avait dit qu’il comprenait. Elle revoyait surtout la seconde tasse, celle qu’il ne savait plus où poser.

Elle rangea son téléphone et traversa le parking.


Favre lui tendit un casque et un gilet.

— Avec ces chaussures, vous restez sur l’accès.

Elle baissa les yeux vers ses bottines.

— Je n’avais pas prévu de fouiller.

— Personne ne prévoit de glisser.

Il l’accompagna jusqu’à la barrière. En dessous, des traces de pneus se croisaient dans la terre humide. L’engin de David était immobile, le godet posé au sol. Le camion s’éloignait à vide.

Sylvaine chercha le mur et mit un instant à le reconnaître. Elle l’avait imaginé plus grand. Il n’en restait qu’un angle pris dans la terre, ouvert par la machine.

— Ça pourrait être la cave ? demanda Favre.

— À quoi ?

Il eut un petit geste d’impatience, puis se reprit.

— Un bâtiment, je veux dire. Sur vos plans.

— Il faut que je les regarde.

David les rejoignit. Il avait fait une autre photographie, avec un meilleur angle. Il tendit son téléphone à Sylvaine, s’arrêta à mi-chemin et demanda son numéro pour la lui envoyer.

Sur cette image, l’objet prenait forme : un rectangle placé de biais, un bord plus épais, des divisions. Un rangement, peut-être. La partie droite se perdait dans l’ombre.

— Vous avez essayé d’éclairer ? demanda-t-elle.

— D’ici, ça ne sert à rien, répondit David.

Il lui montra, sur son propre écran, une marque sous la zone obscure.

— Là, je vois un six.

Elle agrandit la photographie. Elle vit un six aussi, maintenant qu’il l’avait dit. En réduisant l’image, elle ne le retrouva plus aussi nettement.

— Gardez toutes les prises, dit-elle. Même les premières.

Favre avait le téléphone à l’oreille. Il s’éloigna de quelques pas, donna des indications sur l’accès, puis revint.

— Ils ont reçu. Ils vont nous rappeler.

Il regarda Sylvaine, attendant quelque chose qu’elle n’avait pas.

— Je vous envoie le plan dès que j’ai localisé la zone.

— Et si vous ne la localisez pas ?

— Je vous le dirai aussi.

Il acquiesça. Elle lui rendit le casque devant le bureau. Il le prit, puis sembla se rappeler autre chose.

— On vous a payée ?

— Pas encore.

— Envoyez-moi la facture.

— Vous l’avez déjà.

— Renvoyez-la-moi.


La remise tenait dans un rectangle plus petit que son ongle.

Sylvaine l’avait trouvée sur un plan portant des ajouts au crayon rouge. Le chemin ne suivait plus le même tracé que celui du chantier, mais un coude et deux limites de terrain permettaient une comparaison. Elle photographia l’ensemble, puis le détail. Elle indiqua à Favre l’endroit possible, sans tracer la croix qu’il aurait sans doute préférée.

Le plan ancien auquel elle voulait le comparer était encore plié. Elle prépara la table, déplaça son ordinateur et revint chercher le carton dont il provenait.

Elle y trouva la quittance.

Une petite feuille entre un inventaire de meubles et deux lettres réunies par un ruban lâche. Le nom Vaucher figurait sur l’inventaire. Elle l’avait déjà rencontré dans ce fonds, avec celui d’autres familles dont les propriétés avaient fini par entrer dans les comptes de la société.

Pour fermeture de l’ouverture derrière la remise…

Elle lut la ligne à voix basse. Quelques mots lui échappaient. La somme était nette, la date aussi : novembre 1818.

Son regard revint au mot fermeture.

Elle prit le crayon, écrivit la référence et la posa à côté du plan. Deux papiers rangés ensemble n’avaient pas nécessairement parlé du même bâtiment. Elle le savait. Elle approcha tout de même la lampe pour relire la phrase.

Favre appela.

— Une remise, dit-elle. Et une quittance pour des travaux. Je vous photographie ça.

— Ils ont demandé s’il existait des documents sur les constructions.

— Il en existe. Il faut encore voir si ce sont les bons.

Il n’insista pas. Elle apprécia qu’il eût cessé de lui demander une réponse immédiate.

Avant qu’elle ait terminé son message, un nouvel appel apparut.

Bastien Delcourt.

Elle décrocha en regardant la lettre qui dépassait sous l’inventaire.

— Laurent m’a parlé de vos recherches, dit-il. Vous avez trouvé quelque chose ?

— Une quittance.

— Dans les papiers Vaucher ?

Elle releva la tête.

— Oui.

— Une partie vient de chez ma grand-mère. Je pensais qu’ils avaient été séparés du reste.

Il attendit, comme s’il lui appartenait d’expliquer le contraire.

— Il y a encore beaucoup de cartons.

— Bien sûr. Je passerai cet après-midi.

Sylvaine regarda sa table. Elle aurait préféré travailler jusqu’à la fin de la journée, lui écrire ensuite. Delcourt avait signé son mandat ; elle ne trouva aucune raison de lui refuser une visite.

— Si vous voulez.

— Vous pourrez garder ces pièces ensemble ?

— Elles le sont.

— Parfait.

Il lui souhaita une bonne matinée. Elle resta quelques secondes avec le téléphone contre l’oreille après la fin de l’appel.

Sur la photo de la quittance, une ombre coupait le bas du document. Elle la refit. La seconde image était bonne. Elle l’envoya à Favre.

Elle aurait dû s’en tenir à ce qu’elle voyait : une feuille, un compte payé, une ouverture fermée depuis deux siècles.

Elle dénoua le ruban des lettres.


Aux Ormes, Sylvie attendait que Madeleine lui dît ce qui l’avait amenée.

Elle l’avait vue lisser trois fois sa robe depuis que Jeanne avait posé les tasses. Elle lui avait servi davantage de thé ; Madeleine n’y avait pas touché. D’ordinaire, elle avait toujours une histoire avant d’en venir à ses soucis.

Jeanne emporta le plateau. Madeleine suivit la porte des yeux.

— Ma sœur m’a écrit.

— Elle va bien ?

— Elle me propose de venir.

Sylvie reposa sa tasse.

— Pour l’hiver ?

— Pour commencer.

— C’est une bonne idée.

Le visage de Madeleine se détendit. Sylvie baissa les yeux vers le bord de la soucoupe. Elle avait prévu de devoir la rassurer, de l’encourager peut-être. Son amie semblait n’avoir attendu que la permission de se réjouir.

— Elle a de la place ?

— Une chambre, oui. Elle a fait enlever quelques meubles.

— Déjà ?

Madeleine passa un doigt le long du pli de sa manche.

— Nous en parlons depuis quelque temps.

Sylvie demanda du sucre, puis se rappela qu’elle n’en prenait pas. Madeleine lui tendit le petit récipient. Elle en mit un peu dans sa tasse et remua.

— Vous devriez partir avant les grands froids, dit-elle.

— C’est ce que nous pensions.

Nous. Elle cessa de remuer.

— Il faudra le dire à Louise.

— Je comptais la voir.

— Elle sera peinée.

Madeleine ouvrit la bouche, puis regarda sa tasse. Sylvie lui laissa ce silence. Dehors, quelqu’un refermait un volet ; le battant heurta le mur avant qu’une main le retînt.

— Je ne partirai pas loin, dit Madeleine.

— Je le sais bien. Vous reviendrez nous raconter.

Elle sourit. Madeleine sourit aussi, par habitude cette fois.

Il y eut un moment où Sylvie aurait pu lui demander de rester pour elle. Elle pensa aux soirées à trois, à Louise qui abandonnait son ouvrage lorsque Madeleine se mettait à rire. Elle posa plutôt une question sur le voyage.

Son amie avait tout prévu. Une voisine ferait une partie du trajet avec elle. Sa sœur attendait seulement sa réponse. Il restait quelques affaires à préparer.

— Et mes papiers, ajouta Madeleine.

— Lesquels ?

— La lettre de recommandation. Celle que vous avez gardée avec les autres.

Sylvie savait où elle était : sous les comptes de la maison, dans le petit tiroir. Elle se rappela l’avoir pliée elle-même.

— Je dirai à Jeanne de regarder.

— Si vous voulez, je peux chercher avec elle.

— Dans mes comptes ?

Madeleine rougit.

— Je voulais vous éviter…

— Ce n’est rien. Nous la retrouverons.

Elle rapprocha sa tasse de ses lèvres. Le thé était trop sucré.

— Restez dîner. Vous verrez Louise.

Madeleine hésita. Sylvie attendit cette fois qu’elle répondît.

— Volontiers.

La porte s’ouvrit. Jeanne resta sur le seuil, les mains vides.

— L’homme de la remise est revenu, madame.

— Gabriel est dans son cabinet.

— Il demande à vous voir.

— Il a été payé ?

— Oui, madame.

Jeanne regarda Madeleine. Sylvie posa sa tasse.

— Qu’y a-t-il encore ?

— Il dit que c’est à propos de ce qu’on a laissé dedans.

Elle s’était rapprochée pour parler moins fort. Sylvie aurait préféré qu’elle restât à la porte.

— Faites-le patienter à la cuisine.

— Il y est.

Sylvie se leva. Elle remit en place une chaise que personne n’avait déplacée, puis se tourna vers Madeleine.

— Je reviens. Ne partez pas sans avoir vu Louise.

Dans le couloir, elle s’arrêta auprès de Jeanne.

— Qui l’a reçu ?

— Moi.

— Qu’a-t-il dit ?

— Qu’il avait fait ce qu’on lui avait demandé.

Sylvie attendit.

— Et qu’il voulait être certain qu’on ne lui reprocherait rien.

Elle regarda vers la cuisine. Le raclement d’une chaise lui parvint, suivi d’une voix trop basse pour en distinguer les mots.

— Donnez-lui à manger.

Jeanne s’éloigna. Sylvie la regarda tourner au bout du couloir avant d’entrer dans la pièce des comptes.

Elle ouvrit le tiroir. La recommandation était exactement où elle l’avait laissée. Elle la prit, monta dans sa chambre et la glissa sous une liasse, dans le meuble près de la fenêtre.

En redescendant, elle croisa Louise.

— Madeleine reste dîner, lui dit-elle.

Sa fille parut contente. Sylvie lui toucha le bras et la laissa passer.


La lumière de l’écran s’éteignit pendant que Sylvaine lisait.

Elle bougea la souris, puis revint à la lettre. La première concernait une dépense sans rapport apparent avec la remise. Dans le pli de la seconde se trouvait un dessin.

Elle le dégagea sur un support et le maintint ouvert sans appuyer sur les plis. Six cases disposées dans un rectangle, des mesures sur les côtés, une seconde vue au-dessous. Dans chaque case, une forme. La dernière, plus allongée, finissait en pointe.

Sylvaine ouvrit la photographie de David sur son ordinateur.

Elle posa le dessin à côté. Les séparations semblaient correspondre. Sur le bord gauche, le dessinateur avait indiqué une petite encoche ; elle retrouva quelque chose au même endroit dans la photographie. Elle réduisit l’image, puis la tourna pour remettre le rectangle dans le même sens.

Au bas de la feuille, la sixième ligne était lisible.

6. Canine.

Elle chercha un autre mot, le nom d’un animal, une précision. Rien. La lettre demandait que « la pièce marquée six » fût rendue pour être examinée de nouveau. Son auteur évoquait un dessin précédent et une différence. La signature lui résistait.

Sur l’extérieur, on avait écrit Madame Vaucher.

Sylvaine photographia la lettre, le dessin, puis l’ensemble tel qu’elle l’avait trouvé. Elle enregistra les fichiers. Ses doigts se trompèrent deux fois en saisissant la référence.

Des voix se rapprochaient dans le couloir.

Delcourt frappa au montant de la porte ouverte. Elle le reconnut à sa voix avant de retrouver, au-dessus du masque, le visage de l’homme avec lequel elle avait discuté son budget.

— Je tombe mal ?

— J’allais vous écrire.

Il regarda la table.

— À propos de la quittance ?

Elle hésita juste assez pour qu’il relève les yeux.

— Il y a un dessin aussi.

— Je peux ?

Elle lui indiqua le côté libre de la table. Il y posa sa serviette, puis la reprit lorsqu’il vit la feuille qu’elle masquait et la déposa sur une chaise.

Elle fit pivoter l’écran.

Delcourt regarda d’abord la photo du chantier. Puis le dessin. Il resta penché, les mains appuyées sur le bord de la table, sans toucher le papier.

— Vous pensez que c’est cela ?

— Il y a cette encoche. Et les cases.

— Laurent l’a vu ?

— Pas encore.

— Je vais le rejoindre. Je peux lui montrer.

Elle approcha la main de la souris.

— Je vais lui envoyer le fichier avec la référence.

Il se redressa pour lui laisser la place.

— Bien sûr.

Sylvaine glissa le curseur sur l’écran sans cliquer. Elle aurait voulu lui demander s’il reconnaissait l’objet. Elle posa une autre question.

— Vous aviez déjà vu ces papiers ?

— Ma grand-mère en avait des armoires pleines. Après, on a voulu faire de la place. Il y a eu plusieurs tris.

— Par qui ?

Il regarda les cartons.

— Il faudrait que je demande.

Elle attendit qu’il précisât à qui. Il désigna une chaise.

— Ça vous dérange si je m’assieds une minute ?

Elle secoua la tête. Il s’assit, éloigna un peu sa serviette avec le pied et passa une main sur son front.

— Ma tante a décidé qu’elle n’ouvrirait plus son courrier. À cause du virus. Je sors de chez elle.

Sylvaine pensa aux deux tasses de son père.

— Vous avez pu la rassurer ?

— Elle m’a demandé de tout ouvrir dehors. J’ai essayé de discuter, puis j’ai ouvert le courrier.

Elle sourit. Il aussi, du moins elle le crut au mouvement de ses yeux.

Ils écoutèrent quelques secondes la pluie contre la fenêtre. Il était plus facile de parler de cela. Elle s’aperçut qu’elle n’attendait plus sa réponse sur les tris.

Delcourt se pencha vers l’écran.

— Il manque celle-ci ?

Il indiquait la partie droite du rectangle.

— On ne voit pas ce qu’il y a sous la terre, répondit-elle.

— La sixième.

— Oui.

La légende était devant lui. Il lui suffisait de lire. Sylvaine se surprit pourtant à regarder ses mains, comme si elles allaient lui apprendre quelque chose.

Il se leva.

— Laurent m’a parlé de votre facture. Faites-la-moi suivre directement.

— Merci.

Il reprit sa serviette. À la porte, il se retourna.

— Si vous trouvez d’autres lettres pour Sylvie, gardez-les ensemble.

— Sylvie Vaucher ?

— Oui.

Il lui souhaita bon courage et partit vers le bureau de Favre.

Sylvaine retourna la lettre.

Madame Vaucher.

Elle regarda ensuite le nom écrit sur l’inventaire, puis sur la quittance. Aucun prénom. Il pouvait le connaître par sa famille. Elle ne lui avait pas demandé combien de fois il avait ouvert ces cartons avant elle.

Elle envoya les fichiers à Favre, mit Delcourt en copie et demanda que le dessin rejoignît les photographies transmises aux archéologues. Elle relut le message avant de l’expédier. Rien n’y affirmait que la case était vide.

Son sandwich attendait dans son sac.

Elle le sortit, puis s’arrêta devant le rayonnage. Le prénom venait de lui rappeler quelque chose. Elle reprit la troisième chemise du matin.

Vaucher, Sylvie. Correspondance particulière.

Au-dessous : 1817–1819. Puis, au crayon : 12 pièces.

Elle ouvrit la chemise et passa la main sous le rabat, bien qu’elle l’eût déjà fait. Elle retrouva sa note de neuf heures vingt.

Delcourt lui avait demandé de garder les lettres ensemble. Quelqu’un l’avait fait avant elle. Quelqu’un avait écrit le nom, les années, compté douze pièces, puis les avait retirées.

Dans le couloir, elle entendit Favre raccompagner son visiteur. Elle prit la chemise, se leva, fit deux pas vers la porte.

Delcourt parlait de la pluie. Favre répondit qu’ils en auraient encore pour un moment.

Elle pouvait sortir. Lui montrer le carton vide. Reposer sa question sur les tris.

Elle revint à sa table et inscrivit sur une feuille :

Qui a consulté le fonds avant mon arrivée ?

Puis elle ouvrit un nouveau message pour demander les documents du dernier transfert.